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Fabrice
Dimier
Shutka, la terre promise des Roms
En banlieue de Skopje, la commune de Shuto Orizari, est l’unique communauté rom autonome du monde, avec son maire rom, ses médias roms, et le romani comme langue officielle. Foyer culturel d’un peuple éparpillé, la ville est bien la terre promise des Roms.
Pourtant, entre ghettoïsation et modèle d’autogestion, cette cité-laboratoire concentre les espoirs et les difficultés liées à l’évolution des tziganes.
En 1963, un tremblement de terre détruit les habitations de Skopje, la capitale de la république de Macédoine. Les migrants et sinistrés sont déplacés. Les autorités leur allouent de la terre et des logements sur l’emplacement des décharges municipales à 3 kilomètres de la capitale. De fait , les Roms, jusqu’ici dispersés, se regroupent . Très vite, le faubourg se transforme en une cité à part entière avec son administration, son cinéma, ses magasins. En 1996, à la faveur d’une loi de décentralisation, Shuto Orizari devient la première commune rom autogérée.
La ville, surnommée "Happy valley" , fait aujourd’hui office de capitale mondiale tzigane. Ici respire l’âme gitane, et les traditions demeurent. Kusturica ne s’y est pas trompé, tournant et "castant " une partie de "Chat noir, chat blanc" et "Le temps des gitans" dans la ville. Pourtant, malgré cette reconnaissance politique et culturelle, la communauté de 40 000 âmes fait face à d’énormes difficultés.
Avec 80 % de chômage, des problèmes sanitaires dûs à l’environnement pollué de décharges, et un taux d’analphabétisme reccord, la population souffre d’un isolement condamnatoire. "Nous avons tous les droits, mais nous ne pouvons nous émanciper , faute de moyens" , résume le maire de la ville.
"Ce laboratoire de romanologie pourrait toutefois être utile à l’Europe, si elle accepte de se pencher sur la quest ion. Mieux vaut résoudre les problèmes ici, aux portes de l’Europe" , estime Mr Cirimotic, président de l’ONG Caritas Macédoine. De fait, si la Macédoine n’est candidate à l’entrée dans l’Union Européenne qu’en 2010, la question de la place des Roms dans l’union européenne reste une clef pour l’intégrat ion des pays de l’est . Le défi est d’autant plus grand que, en 2007, avec l’entrée prévue de la Roumanie et de la Bulgarie, quelque 2,8 millions de Roms supplémentaires, vivant eux aussi dans une pauvreté extrême, vont rejoindre l’Union européenne.