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Dragan
Lekic
Hemed, migrant tunisien
« Je voulais venir en France depuis longtemps, ici on est libre et on peut réussir sa vie ».
Il vit dans le parc des Buttes Chaumont avec une dizaine d’autres migrants de Lampedusa et rêve de pouvoir trouver un travail pour s’installer.
Il s’est embarqué, comme les migrants du 18 et 19ème siècles qui quittaient l’Europe pour l’Amérique, la tête pleine de rêves de gloire et de réussite, d’une vie meilleure…Hemed a 26 ans. Il a décidé de « tenter sa chance » en janvier 2011 peu après la chute de Ben Ali. Le voyage en bateau jusqu’à l’île de Lampedusa coûtait 2500 dinars tunisiens (soit presque 1200 euros), c’est à dire toutes ses économies plus des prêts familiaux. Après 3 jours et 4 nuits entassés à 40 dans un bateau, les carabiniers italiens de Lampedusa les ont pris en charge, lui et ses camarades de voyage. Les autorités italiennes l’ont bien traité, lui ont donné de la nourriture, des vêtements, l’ont logé, puis l’ont emmené en Italie en avion. Quelques semaines à attendre dans une église mise à disposition par l’Etat italien, puis passage de la frontière à Ventimile, direction la France, Nice. Ce qu’il lui reste de ses économies va servir à payer un billet de train jusqu’à Paris, convaincu d’être au bout du chemin, à la fin de la galère. Hemed raconte son histoire sans sourciller, il semble sûr de lui, ne pas douter de l’issue favorable de son périple, malgré la dureté de ce qu’il vit depuis des mois. Ses yeux sont rêveurs quand on lui parle de sa famille en Tunisie, « je les appelle tous les deux ou trois jours » précise-t-il en souriant, « mais je ne leur dis pas ce qu’il m’arrive, je ne veux pas les inquiéter ». Pourquoi risquer sa vie, quitter sa famille, ses attaches, tout laisser derrière soi dans un pays que l’on ne connaît pas ? Le jeune homme explique posément que « Les gens qui sont partis de Tunisie ont changé de situation, ont évolué. Ici en France, personne ne s’occupe de ce que font les autres, il y a la liberté, la tranquillité, c’est un pays des droits de l’homme. C’est comme un bout de territoire de la Tunisie, nos ancêtres ont travaillé ici, la France a colonisé la Tunisie, il y a beaucoup d’attachement des Tunisiens à la France. » Hemed s’est débrouillé comme il pouvait en arrivant à Paris, hébergé par des Tunisiens, des Français, il a ensuite rencontré d’autres migrants avec lesquels il s’est installé au squat de la rue Bolivar, puis à la Bastille, au gymnase de Belleville, au 36 rue de Botzaris et suite à l’évacuation par les forces de l’ordre, dans le parc des Buttes-Chaumont. Il dort à la belle étoile, comme une quinzaine d’autres de ses compatriotes, prend sa douche tous les matins dans une structure municipale, puis cherche du travail. Hemed vient du sud de la Tunisie, il y a reçu une formation de tapissier, travaillé un peu, puis s’est retrouvé au chômage. C’est cette situation que le jeune homme veut renverser en venant en France : trouver un travail, faire sa vie, et retourner en Tunisie. Mais il le dit fermement : « uniquement si j’ai une bonne situation ». Ce sont des Tunisiens ou des Français du quartier qui viennent apporter de la nourriture à Hemed et ses compagnons d’infortune. Les conditions de vie au parc sont dures, la situation apparemment inextricable. Quand on demande à Hemed comment il voit l’avenir, ce qu’il va faire si rien ne change, il répond avec un sourire : « Ce n’est pas moi qui décide, c’est Dieu ».
« Je voulais venir en France depuis longtemps, ici on est libre et on peut réussir sa vie ».
Il vit dans le parc des Buttes Chaumont avec une dizaine d’autres migrants de Lampedusa et rêve de pouvoir trouver un travail pour s’installer.
Il s’est embarqué, comme les migrants du 18 et 19ème siècles qui quittaient l’Europe pour l’Amérique, la tête pleine de rêves de gloire et de réussite, d’une vie meilleure…Hemed a 26 ans. Il a décidé de « tenter sa chance » en janvier 2011 peu après la chute de Ben Ali. Le voyage en bateau jusqu’à l’île de Lampedusa coûtait 2500 dinars tunisiens (soit presque 1200 euros), c’est à dire toutes ses économies plus des prêts familiaux. Après 3 jours et 4 nuits entassés à 40 dans un bateau, les carabiniers italiens de Lampedusa les ont pris en charge, lui et ses camarades de voyage. Les autorités italiennes l’ont bien traité, lui ont donné de la nourriture, des vêtements, l’ont logé, puis l’ont emmené en Italie en avion. Quelques semaines à attendre dans une église mise à disposition par l’Etat italien, puis passage de la frontière à Ventimile, direction la France, Nice. Ce qu’il lui reste de ses économies va servir à payer un billet de train jusqu’à Paris, convaincu d’être au bout du chemin, à la fin de la galère. Hemed raconte son histoire sans sourciller, il semble sûr de lui, ne pas douter de l’issue favorable de son périple, malgré la dureté de ce qu’il vit depuis des mois. Ses yeux sont rêveurs quand on lui parle de sa famille en Tunisie, « je les appelle tous les deux ou trois jours » précise-t-il en souriant, « mais je ne leur dis pas ce qu’il m’arrive, je ne veux pas les inquiéter ». Pourquoi risquer sa vie, quitter sa famille, ses attaches, tout laisser derrière soi dans un pays que l’on ne connaît pas ? Le jeune homme explique posément que « Les gens qui sont partis de Tunisie ont changé de situation, ont évolué. Ici en France, personne ne s’occupe de ce que font les autres, il y a la liberté, la tranquillité, c’est un pays des droits de l’homme. C’est comme un bout de territoire de la Tunisie, nos ancêtres ont travaillé ici, la France a colonisé la Tunisie, il y a beaucoup d’attachement des Tunisiens à la France. » Hemed s’est débrouillé comme il pouvait en arrivant à Paris, hébergé par des Tunisiens, des Français, il a ensuite rencontré d’autres migrants avec lesquels il s’est installé au squat de la rue Bolivar, puis à la Bastille, au gymnase de Belleville, au 36 rue de Botzaris et suite à l’évacuation par les forces de l’ordre, dans le parc des Buttes-Chaumont. Il dort à la belle étoile, comme une quinzaine d’autres de ses compatriotes, prend sa douche tous les matins dans une structure municipale, puis cherche du travail. Hemed vient du sud de la Tunisie, il y a reçu une formation de tapissier, travaillé un peu, puis s’est retrouvé au chômage. C’est cette situation que le jeune homme veut renverser en venant en France : trouver un travail, faire sa vie, et retourner en Tunisie. Mais il le dit fermement : « uniquement si j’ai une bonne situation ». Ce sont des Tunisiens ou des Français du quartier qui viennent apporter de la nourriture à Hemed et ses compagnons d’infortune. Les conditions de vie au parc sont dures, la situation apparemment inextricable. Quand on demande à Hemed comment il voit l’avenir, ce qu’il va faire si rien ne change, il répond avec un sourire : « Ce n’est pas moi qui décide, c’est Dieu ».
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